Jean Arp

 

« Arp disait que seul le violon pouvait apprivoiser les nuages,
les faire se prélasser de bonheur sur la terre.
Alors, ils se laissaient pétrifier. Arp jetait ses filets très haut et très loin,
depuis le nombril jusqu’à l’étoile, de la moustache aux nuages,
du sourire à la goutte d’eau qui tremble sur une toile d’araignée,
du caillou du torrent jusqu’à l’arc-en-ciel.
Il captait les analogies. Ainsi cassait-il nos catégories,
nos organisations. Ainsi, révélait-il les correspondances
entre le minéral, l’animal, le végétal.
Il réalisait des accouplements impossibles où la bactérie
se mettait à avoir un nez et l’univers tout entier des possibilités nouvelles.
Nous étions enfin les fils des étoiles, les frères du blé,
du granit, de la vapeur d’eau. Le Big-Bang n’était pas fini. »

 

Pierre Descargues - 1992

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