Exposition en cours à la Fondation

 

Arp, Taeuber, la métamorphose.

Un regard sur les ateliers et les collections.

 

Cet accrochage renoue, comme depuis plusieurs siècles, avec ce travail à plusieurs mains que faisait Arp avec Sophie, et qu’ils ont renouvelé avec d’autres artistes. Il est le fruit de plusieurs, de la connaissance et de l’implication de chacun, dans l’effervescence qui frisait le chaos - mais le chaos n’est-il pas la vie ? - qui s’est prolongée dans la blancheur flambloyante de la neige - les dieux étaient-ils avec nous ?

La blancheur était dedans, la blancheur était dehors, et elle nous était offerte. En résonance avec le travail de Arp qui a métamorphosé un matériau pauvre, le plâtre, celui des études, du travail, de l’avant-œuvre, en une matière noble, digne, aussi puissante que le marbre.

La métamorphose était là, sous nos yeux. Évidente, concrète, normale, naturellement naturelle.

 

Vient alors à la surface les confidences de Arp :

« je me laisse mener par l’œuvre en train de naître, je lui fais confiance, je ne réfléchis pas. Les formes viennent, avenantes ou étranges, hostiles, inexplicables, muettes ou ensommeillées ;

elles naissent d’elles même ;

l’œuvre est toujours en devenir, prend son indépendance, son autonomie.

Il me semble que je ne fais pour moi que déplacer mes mains. »

et puis « Souvent je pars d’une œuvre ancienne, d’un détail, d’une ligne dont je n’avais pas tiré le maximum… j’intensifie, je développe : j’obtiens une forme nouvelle… regardez ce torse par exemple…

je ne me suis pas dit : je vais faire un torse, non je me lance au hasard, en état d’innocence… Ici naissent des formes qui s’ordonnent sans moi, je les constate comme parfois on constate des figures humaines sur un nuage. »

 

Nous le savons, […] nous n’avons fait que déplacer les œuvres, nous leur avons fait confiance.

Oui, elles sont autonomes et elles existent aussi les unes par rapport aux autres. À la limite peu importe leur mise en place, elles se répondent, se confondent, se mèlent, s’emmèlent, jouent avec la lumière, le soleil, avec le premier plan, le second, le jardin, la nature, ou ce qu’il en reste, avec nous aussi.

 

Il semble que ce n’est pas un hasard si l’orientation des ateliers est à l’ouest, la convention aurait voulu qu’ils soient au nord, mais comment jouer de la lumière du soleil couchant sur les courbes, les lignes de forces, les chutes de reins, les seins naissants, les fesses charnues, les dépressions des nombrils, ou des vides pleins de pleins, des érections, des glands de germinations, au nord.

 

Ne pouvons-nous pas dire aussi, puisqu’il y a métamorphose, que l’œuvre de Arp et de Sophie nous a tous transformés, métamorphosés, et que cela n’est pas le hasard.

 

La métamorphose est une évidence, qui se révèle au fil de la promenade. Nul n’est besoin de s’y attacher, de la vouloir, elle est là. Il suffit de se laisser faire, de retenir sa pulsion de caresses, d’aiguiser son oeil à suivre les volumes qui se mèlent et se démèlent.

 

Confiant, en état d’innocence.

D.W.

 

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