Dans la foulée du Symposium international de sculpteurs de 2015

 

 

Exposition

« Jean Arp, François Weil, entre les lignes du temps »

 

 

17 janvier 2019 – 30 juin 2019

 

 

Un dialogue à trois générations de distance, qui pointe les affinités, mais aussi parfois les différences entre un sculpteur au mitan de sa carrière, et son grand aîné du XXe siècle.

Jean Arp, Carrare

« Une œuvre, qui n’a pas de racine dans le mythe, la poésie, qui ne participe pas à la profondeur,
à l’essence de l’univers, n’est qu’un fantôme. »

— Jean Arp

François Weil, Symposium international de sculpteurs, Vallon Galliera, 2015

« Tracer l’intelligible dans le chaos pour
le rendre à lui-même. »

— François Weil

Né à Paris en 1964, François Weil nous ramène à une histoire millénaire contée par la pierre qu’il collecte dans les carrières et déserts du monde entier. « J’ai un besoin farouche d’y trouver ma place. Parcourir la carrière. Prendre le temps de rencontrer la pierre qui parle, l’en extraire, puis l’emporter. Dans mon atelier, elle prendra tout le temps de nouer une histoire avec d’autres ».

 

Lave de Volvic, marbre de Carrare, granit de Brusvily ou de Louvigné-du-Désert, marbre noir ou bleu de Belgique, schistes des Ardennes ou de l’Oisans, granit d’Assouan, ardoise d’Angers, du Pays de Galles ou du Vermont, andésite de Măgura Ilvei, chaque pierre est vivante, chaque caillou est différent, façonnés par l’histoire du cosmos et de la planète Terre.

 

François Weil les choisit pour leur beauté naturelle et les garde dans leur identité, même s’il lui arrive de les transformer de façon aléatoire à condition de rester dans leur fil et leur énergie. Il ne cherche pas à sublimer le matériau, puisque le sublime réside dès l’origine dans le matériau même. Le caillou devient un sujet comme l’humain, l’important étant d’éviter l’anthropomorphisme.

 

Dans sa sculpture, François Weil introduit aussi le métal, matériau né de la main de l’homme qui peut être façonné à l’envie. Il permet de faire bouger les pierres. Il facilite les investigations. C’est aussi une autre façon de dire que la pierre est vivante. C’est la partie humaine de la sculpture.

 

Dans cette exposition, François Weil montre quarante ans de sculptures. Portées, suspendues, juxtaposées au moyen du métal, les pierres se transforment en de singulières mécaniques, rarement immobiles, vouées à fabriquer du songe : petites pierres montées sur ressorts et prêtes à se propulser dans les airs, plaques de laves animées par le vent, instruments de musiques pulmonaires, curieux œufs desquels émergent des mondes anciens, blocs petits ou monumentaux posés sur des axes ou des roulements mécaniques. L’artiste défie les lois de la pesanteur et du mouvement qui semblent ne plus avoir d’emprise sur les pierres. Si elles y sont invitées, celles-ci tournent, s’animent et dansent autour d’axes invisibles. Sculptures mobiles qui, à l’image du Berger des Nuages de Jean Arp, ont vocation à s’envoler dans le ciel.

 

Comme Jean Arp, François Weil ne choisit pas entre abstraction ou figuration, mais préfère inventer des réalités nouvelles dans un processus analogue à celui de la nature. L’acte créateur prend autant d’importance que l’œuvre achevée.

 

L’exposition se déploie au milieu de l’œuvre de Arp et de Taeuber, dans l’Atelier, la maison et les jardins des 19, 21 et 23 rue des Châtaigniers à Clamart.

 

Le visiteur est également invité à poursuivre sa visite au Vallon Galliera à Meudon (allée Brignole-Galliera, accès par le 83 av. Schneider Clamart), qui hébergent aujourd’hui les œuvres des 7 sculpteurs acteurs du premier Symposium international de sculpteurs en Île-de-France organisé en 2015, en partenariat avec la Fondation des Apprentis d’Auteuil à Meudon.

 

Quatre autres sculptures monumentales de François Weil (granit de Brusvily, ardoise d’Angers et du Vermont, Andésite de Măgura) ont rejoint cet ensemble, participant à faire de l’ancien verger du Vallon Galliera un pôle « Art et Nature » dans le parc historique de la duchesse de Galliera.

 

Dans cette réserve revenue à l’état naturel et sauvage, l’idée est d’avancer lentement avec humilité, à l’écoute de ce que raconte chaque recoin de terrain, chaque vestige des activités horticoles du lieu. Il s'agit aussi d'y ménager des perspectives sur les collines de sable et de meulières de Meudon-Clamart, de créer des postes d’observation sur le dialogue que les sculptures entretiennent entre elles, autant que sur les fugaces curiosités botaniques qui parsèment ce lieu de vie. Et aussi, de faire en sorte que le regardeur puisse participer aux échanges d’énergies qui s’installent entre la pierre, les plantes et les arbres.

 

Clamart, le 19 décembre 2018

 

Autres expositions en cours à la Fondation

 

« Arp - Taeuber, artistes en couple »  - depuis juillet 2017

Nouvelle mise en lumière de la singulière aventure de deux artistes majeurs du XXe siècle.

 

« Nos jalons de lumière devaient indiquer les chemins vers l’espace,

la profondeur, l’infini » Jean Arp, Ascona, juin 1950

 

L’Atelier de Jean Arp et de Sophie Taeuber a la singularité d’abriter les travaux d’un exceptionnel couple d’artistes. Pour la première fois, la Fondation Arp propose au visiteur de découvrir leurs œuvres sous un angle inhabituel : faire émerger, dans un parcours croisé l’originalité tant de leur œuvre propre que

de celle qu’ils construisirent ensemble, sans que l’on puisse distinguer la part

de l’un et de l’autre.

Dans ce but, l’Atelier se réaménage entièrement pour mettre en avant les points

de convergence, de fuite ou d’interrogation qui lient leurs réalisations artistiques respectives.

 

La courbe et la ligne, le blanc et la couleur, les lois du hasard contre celles de la géométrie ; autant de traits sur lesquels nous pourrions nous appuyer pour pointer les différences entre l’œuvre de Jean Arp et celle de Sophie Taeuber. Et pourtant, un éclat vert ici nous ramène au dynamisme de cette forme là-bas, dans une synesthésie dont seule l’intimité du quotidien a le secret. Sculptures dansantes, sensuelles, au travers desquelles Sophie devient tour à tour nature, figure mythologique ou simple matière. Et puis pourquoi pas, plutôt que d’en disséquer le sens ou les secrets, inviter également le regardeur d’aujourd’hui à se perdre dans cette valse à deux temps, où se jouent les différents versants de la modernité artistique du XXe siècle.

 

À la lumière de cette nouvelle installation, il est alors intriguant de constater que

le bâtiment dessiné par Sophie Taeuber acquiert une signification plus profonde, inséparable de son contenu artistique matériel et spirituel, comme si désormais,

en franchissant le seuil de cet espace, nous pénétrions dans un tout organique rendu vivant par un rêve artistique sans fin. Orchestrée par la Fondation Arp, cette présentation vous fera parcourir l’intégralité du domaine où vécut le couple

Arp-Taeuber, dès à présent visible au public.

 

Quelques repères sur l'exposition:

 

Jean Arp

In « Jalons » 1950, Jours Effeuillés, Gallimard, 1966

 

« La sérénité de l’œuvre de Sophie Taeuber est difficilement accessible à ceux qui sont dépourvus d’âme et qui vivent dans la confusion. Parfois on a qualifié ses œuvres d’art appliqué. La bêtise autant que la méchanceté sont à l’origine de cette appellation. L’art peut aussi bien s’exprimer au moyen de la laine, du papier, de l’ivoire, de la céramique, du verre que par la peinture, la pierre, le bois, l’argile. Un vitrail gothique, un tissu copte, la broderie de Bayeux, une amphore grecque ne ressortissent pas à l’art décoratif. Je connais des objets sculptés par des paysans qui ont une réalité plastique vivante, aussi haute que celle d’un torse antique. L’art est toujours libre et libère l’objet auquel il s’applique ».

 

Sophie Taeuber vue par Esther Hess

In « Sophie Taeuber, Rythmes plastiques, réalités architecturales », 2007

 

« Les créations de Sophie Taeuber nous donnent le sentiment d’être hors du temps, car elles restent toujours vivantes et en équilibre et procurent ainsi du bien-être au spectateur. Les peintures et les desseins s’inscrivent dans un espace quasi calculé qu’on peut imaginer comme un réseau sous-jacent. Le plan de base, une simple trame millimétrée, ou un réseau tissé. En effet, les croisements des fils de la chaîne verticale et l’enfilé des trames horizontales de la navette créent un système de soutien possible. La verticale joue souvent le rôle principal dans la peinture de Sophie Taeuber, c’est aussi la structure primaire du tissage. Chez les Dogons du Mali, le tissage fut uniquement exécuté par des prêtres puisqu’il s’agit d’unifier la verticale du ciel avec l’horizontale de la terre : un travail sacré. Sophie Taeuber vivait au début en Appenzell où le tissage du lin était depuis le XVe siècle l’occupation principale et chaque enfant apprenait encore au début du XXe siècle la broderie sur tissus de lin à l’école. Après avoir compté les croisements des fils, Sophie Taeuber approfondit ce métier dans l’école du textile et de la mode de la ville voisine de Saint Gall. Et ensuite, elle obtint le poste de professeur à la célèbre école d’arts appliqués de Zurich. Les Celtes créèrent des ornements linéaires, les Cyclades, des symboles. La colonne vertébrale de la création, à l’intérieur, à l’extérieur, l’enveloppement. Les deux cas sont visibles chez Sophie Taeuber et Jean Arp. La femme a sa structure cachée à l’intérieur tandis que l’homme la montre à l’extérieur. Le vide entre les formes vibre, respire sur les peintures de Sophie Taeuber. Elle aimait des couleurs de gamme chaude, intense, source de bien-être, sans oublier leurs complémentaires. Si le rouge semble dominer, il existe aussi quelque part en surface le contrepoint en vert ou au moins de sa famille. Ses couleurs tissent ainsi une deuxième surface ressentie.

Les créations de Sophie Taeuber gardèrent leur équilibre même pendant l’explosion du mouvement Dada à Zurich pendant la première  guerre mondiale. Même ses marionnettes en bois furent ornées de bandes de couleurs nettes et les réticules de perles  - romantiques par leurs formes – étaient d’un aspect très nouveau par leurs desseins d’art concret. »

 

« Dans l'intimité d'Esther Hess »  - depuis septembre 2017

 

 

Esther Hess a poussé à l’extrême l’art de détourner, de transfigurer, de sublimer le moindre objet de la vie quotidienne, de la nature, du cosmos.

Sans fioritures inutiles et avec une extrême rigueur, dans laquelle transparaît  néanmoins une parfaite maîtrise de ses rêves et de ses émotions.

Sans se départir non plus d’un humour léger, pince sans rire, ainsi que de l’élégance qui la caractérisait.

 

L’œuvre d’Esther Hess, qui se définissait comme plasticienne, est considérable, elle explore tous les médias : sculpture et installations, dont certaines monumentales, assemblages en deux et trois dimensions, peintures, dessins, gravures, photographies, poèmes et textes, livres d’artistes, design d’intérieur et de meubles.

 

Esther Hess s’inscrit, comme Arp et de Taeuber, dans la lignée des artistes et théoriciens qui, depuis le milieu du XIXème siècle promulguent l’art dans la vie  et l’effacement des frontières entre arts appliqués et beaux-arts.

 

Et c’est en cela qu’elle est résolument contemporaine.

 

Esther Hess fut aussi une des très grandes amies de la Fondation Arp, à laquelle elle apporta, dans les moments difficiles, des idées et des conseils toujours judicieux, n’hésitant à donner un coup de mains chaque fois qu’il le fallait.

A ce titre, elle exerça un rôle majeur dans la refondation de l’Atelier de Arp et de Taeuber entamée à partir de l’an 2000.

 

C.W-Seigeot.

Anciennes expositions à la Fondation

 

Arp, Taeuber, la métamorphose - 2015-2017

Un regard sur les ateliers et les collections.

 

Cet accrochage renoue, comme depuis plusieurs siècles, avec ce travail à plusieurs mains que faisait Arp avec Sophie, et qu’ils ont renouvelé avec d’autres artistes. Il est le fruit de plusieurs, de la connaissance et de l’implication de chacun, dans l’effervescence qui frisait le chaos - mais le chaos n’est-il pas la vie ? - qui s’est prolongée dans la blancheur flambloyante de la neige - les dieux étaient-ils avec nous ?

La blancheur était dedans, la blancheur était dehors, et elle nous était offerte. En résonance avec le travail de Arp qui a métamorphosé un matériau pauvre, le plâtre, celui des études, du travail, de l’avant-œuvre, en une matière noble, digne, aussi puissante que le marbre.

La métamorphose était là, sous nos yeux. Évidente, concrète, normale, naturellement naturelle.

 

Vient alors à la surface les confidences de Arp :

« je me laisse mener par l’œuvre en train de naître, je lui fais confiance, je ne réfléchis pas. Les formes viennent, avenantes ou étranges, hostiles, inexplicables, muettes ou ensommeillées ;

elles naissent d’elles même ;

l’œuvre est toujours en devenir, prend son indépendance, son autonomie.

Il me semble que je ne fais pour moi que déplacer mes mains. »

et puis « Souvent je pars d’une œuvre ancienne, d’un détail, d’une ligne dont je n’avais pas tiré le maximum… j’intensifie, je développe : j’obtiens une forme nouvelle… regardez ce torse par exemple…

je ne me suis pas dit : je vais faire un torse, non je me lance au hasard, en état d’innocence… Ici naissent des formes qui s’ordonnent sans moi, je les constate comme parfois on constate des figures humaines sur un nuage. »

 

Nous le savons, […] nous n’avons fait que déplacer les œuvres, nous leur avons fait confiance.

Oui, elles sont autonomes et elles existent aussi les unes par rapport aux autres. À la limite peu importe leur mise en place, elles se répondent, se confondent, se mèlent, s’emmèlent, jouent avec la lumière, le soleil, avec le premier plan, le second, le jardin, la nature, ou ce qu’il en reste, avec nous aussi.

 

Il semble que ce n’est pas un hasard si l’orientation des ateliers est à l’ouest, la convention aurait voulu qu’ils soient au nord, mais comment jouer de la lumière du soleil couchant sur les courbes, les lignes de forces, les chutes de reins, les seins naissants, les fesses charnues, les dépressions des nombrils, ou des vides pleins de pleins, des érections, des glands de germinations, au nord.

 

Ne pouvons-nous pas dire aussi, puisqu’il y a métamorphose, que l’œuvre de Arp et de Sophie nous a tous transformés, métamorphosés, et que cela n’est pas le hasard.

 

La métamorphose est une évidence, qui se révèle au fil de la promenade. Nul n’est besoin de s’y attacher, de la vouloir, elle est là. Il suffit de se laisser faire, de retenir sa pulsion de caresses, d’aiguiser son oeil à suivre les volumes qui se mèlent et se démèlent.

 

Confiant, en état d’innocence.

D.W.

 

© Crédits